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PassionnéMans Alpine ! (3ème Partie)

Non seulement Alpine sera présent en Formule 1 en 2021 mais aussi en LMP1 pour viser la victoire aux 24 Heures du Mans.

Retour sur la première et dernière victoire de la marque en 1978 Gordini qui a quitté ses vieux locaux du boulevard Victor pour une usine moderne située à Viry-Chatillon, s’efface. Une nouvelle équipe de motoristes apparaît avec François Castaing et Bernard Dudot.

Alpine A440 | PassionnéMans Alpine ! (3ème Partie)

En 1973 Renault reprend la majorité des parts de la petite firme dieppoise. Jean Rédélé devenu directeur général, n’a plus son mot à dire dans le programme sportif. C’est à Viry-Chatillon qu’est dessiné le prototype A440 animé par un moteur 2 litres V6 24 soupapes développant autour de 275 ch dont le pétrolier Elf a financé la construction.

Destiné à courir dans un nouveau championnat européen très disputé, il conserve le nom d’Alpine Renault. Rebaptisé A441 en 1974 et bien amélioré, avec un moteur poussé à 290 ch, il remporte haut la main le Championnat d’Europe des 2 litres. Renault affiche l’ambition de viser plus haut avec l’endurance et la F1.

L’équipe qui à déjà travaillé sur le turbocompresseur pense à greffer un turbo sur le petit 2 litres.

Cet accessoire miracle fait grimper la puissance de moins de 300 ch à près de 500 à 9900 tr/mn !

Alpine A442 T | PassionnéMans Alpine ! (3ème Partie)

Engagée dans quelques épreuves de 1000 kilomètres en 1975, la A442 Turbo montre un bon potentiel malgré quelques vices en particulier l’arrivée brutale et inopinée de la puissance.

Ca ne marchera jamais crient les sceptiques !

Le service compétition bien étoffé dirigé par Gérard Larrousse désormais directeur sportif de Renault Sport, travaille d’arrache pied à fiabiliser et améliorer cette voiture qui est engagée au Mans 1976 où elle prouve son potentiel en signant le record du tour en course avant d’abandonner sur rupture du moteur. L’année suivante, Renault revient en force avec une armada de quatre voitures fort bien préparées appuyées par deux Mirage britanniques utilisant la même mécanique turbocompressée.

Mais, les Alpine sont éliminées par une rupture chronique de piston alors qu’elles occupent la tête de l’épreuve. Seule une Mirage qui sollicite moins le moteur, sauve l’honneur de Renault en terminant à la seconde place.

Pendant l’hiver après avoir adapté des pistons modifiés, la voiture fait de nombreux essais d’endurance notamment aux USA en Ohio. C’est le seul endroit où l’on trouve une piste assez longue pour reproduire la ligne droite de Hunaudières fatale aux pistons surmenés. C’est avec beaucoup d’espoirs que Renault prend le départ des 24 Heures du Mans 1978 avec trois A442 B ayant subi plus d’une centaine de modifications appuyées par la nouvelle fameuse A443.

24 Heures du Mans 1978 pironi jabouille depailler jaussaud bell ragnotti frequelin a443 a442b a442a a442 victoire 7 | PassionnéMans Alpine ! (3ème Partie)

A443 « un avion de chasse »

Evolution plus sophistiquée, l’A443 a pour mission de décrocher la pole position sur la grille de départ et jouer les lièvres avec deux pilotes de Formule 1 à son volant. Mais, rien ne se passa comme prévu !

Non seulement elle se fait souffler la pôle par la Porsche de Jacky Ickx mais pourtant après 18 heures de course, elle caracole encore joyeusement en tête. Indiscutablement, l’A443 est la voiture « la plus vite » de cette 46ème édition. Déjà, ses pilotes Jean Pierre Jabouille et le regretté Patrick Depailler caressent l’espoir de gagner même si tous les deux avouent ne pas être très fanatiques de cette épreuve surtout l’Auvergnat.

Le récent vainqueur du GP de Monaco a signé le jeudi un superbe chrono de 3’28’’4’’’. Son A443 jaune et noire à parement rouge a été chronométrée dans les Hunaudières alors sans chicane à plus de 367 km/h !

Si la Porsche 936/78 à moteur refroidi par eau lui a ravi d’un souffle la pôle avec un époustouflant 3’27’’6, on sait chez Renault que ce chrono a été réalisé avec un moteur de qualification plus puissant de 50 chevaux. Ce qui n’est pas le cas chez les Jaunes et Noirs. Surtout, l’A443, a démontré qu’elle n’est pas seulement terriblement rapide en pointe mais capable de tourner longuement à une allure très élevée sans trop exiger de ses pilotes.La voiture balais brosse

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Malgré une silhouette sensiblement identique toujours concoctée par l’aérodynamicien magicien Marcel Hubert, l’A443 pesant seulement 715 kilos, plus longue de 16 cm, frôle les 5 mètres de long. Il est le fait d’un empattement plus long.

« Cet allongement permettait d’améliorer les qualités dynamiques en modifiant le report des charges sur le train avant »

François Xavier Delfosse se souvient, célèbre par ses moustaches à faire pâlir un général de l’Armée des Indes, qui a activement participé à l’épopée de Renault au Mans. Jouant sur la réglementation qui autorise une cylindrée supérieure pour le turbo, le petit 2 litres bleu métallisé a été réalésé à 2140 cm3. Dans l’aventure, il grimpe à 525 ch à 10 000 tours contre 500 mais surtout gagne du couple et économise quelques changements de rapports. Malgré quelques renforts, la boîte Hewland reste certainement l’organe le plus fragile de cette voiture. Coté aérodynamique, elle innove par une curieuse bulle amovible qui la transforme en voiture fermée et de curieux balais brosse ceinturant la base de la carrosserie.

« C’était les débuts de la Lotus 78 à jupes à effet de sol » précise Delfosse

« Si on ne pouvait pas monter des jupes tenant 24 heures, ces brosses en acrylique qui canalisaient l’écoulement de l’air jouaient un petit rôle d’effet de sol qui permettait de gagner un peu en tenue de route »

L’A443 est non seulement plus rapide de près de 10 km/h en pointe que l’A442B mais globalement plus efficace partout. En revanche, les deux pistards habitués aux voitures ouvertes n’apprécient pas du tout la bulle transparente sous laquelle ils étouffent et décident de s’en passer.

En revanche, elle est conservée sur l’442B victorieuse de Jaussaud Pironi qui s’évanouit après l’arrivée, victime d’un coup de chaleur.

Alpine A443 4 | PassionnéMans Alpine ! (3ème Partie)

Une carrière brisée

Comme prévu, dès le départ, l’A443 s’empare de la tête de l’épreuve en dominant les Porsche. Las, quelques ennuis de freins et de capot, puis de vibrations provoquent de nombreux arrêts aux stands qui la font chuter à la 5eme place. Mais grâce à la conduite « très énergique » des deux pistards qui signent plusieurs fois le record du tour, la voiture jaune et noire numéro reprend le commandement vers 23 heures.

24 Heures du Mans 1978 pironi jabouille depailler jaussaud bell ragnotti frequelin a443 a442b a442a a442 victoire 32 | PassionnéMans Alpine ! (3ème Partie)

Comme prévu, dès le départ, l’A443 s’empare de la tête de l’épreuve en dominant les Porsche. Las, quelques ennuis de freins et de capot, puis de vibrations provoquent de nombreux arrêts aux stands qui la font chuter à la 5eme place. Mais grâce à la conduite « très énergique » des deux pistards qui signent plusieurs fois le record du tour, la voiture jaune et noire numéro reprend le commandement vers 23 heures.

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Position qu’elle occupe après 18 heures de course avant qu’un piston ne rende l’âme à 9h53 le matin à Mulsanne. « On se promenait » avoua Jabouille fort déçu. La version A442 de Jaussaud-Pironi prend alors la tête devant la Porsche de Wollek-Barth et Ickx et la conserve jusqu’à la fin et donne la première victoire à Renault en terre mancelle.

Mais aussi, la dernière…

24 Heures du Mans 1978 pironi jabouille depailler jaussaud bell ragnotti frequelin a443 a442b a442a a442 victoire 10 | PassionnéMans Alpine ! (3ème Partie)

A la remise des prix, Bernard Hanon, le PDG de Renault annonce que la marque au Losange arrête l’endurance pour se consacrer uniquement à la Formule 1 avec la version 1500 du V6.

La suite fait partie de l’histoire…..

On reverra une Alpine A610 privée aux 24 heures en 1994. Poussé à 450 ch contre 250 de série, son 6 cylindres PRV de 3 litres tiendra la distance et la voiture bleue finira à une honnête 13ème place.

Alpine était déjà une marque moribonde et beaucoup s’attendaient à sa disparition qui survint l’année suivante. Décédé en août 2007, Jean Rédélé n’aura pas vu la renaissance de sa marque, ce dont il n’avait jamais douté jusqu’au bout du chemin de sa vie.

Il a fallut attendre 2018 pour que la production reprenne et 2021 pour le retour en Mans en LMP1.

Mais cela est une autre histoire !

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