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BWT Alpine Formula One Team tourne une page décisive de son histoire sous les regards croisés de Steve Nielsen, désormais aux commandes de l’écurie, et de Christian Horner, patron d’une Red Bull Racing devenue étalon de performance technique et politique.
Porté en 2021 par Laurent Rossi avec la promesse d’un retour aux avant-postes en quatre saisons, le fameux plan des « 100 courses » s’achève dans le silence d’un constat d’échec : 22 points inscrits en 2025, une dixième et dernière place au classement constructeurs, et aucune victoire à l’actif.
Un revers cinglant pour une structure forte de 44 ans d’engagement en Formule 1, autrefois championne du monde sous les couleurs de Renault.

BWT Alpine Formula One Team : une saison 2025 volontairement sacrifiée mais douloureusement subie
Depuis les premières courses de la saison, Alpine F1 Team a basculé dans une logique de transition assumée. Les résultats en piste n’ont jamais été à la hauteur des ambitions passées, mais cette année 2025 a été construite comme une passerelle vers 2026.
Comme l’explique Steve Nielsen :
« Enstone est un véritable centre d’activité. Si vous allez dans tous les départements, tout ce que vous verrez, ce sont des pièces pour la voiture de l’année prochaine – châssis, boîtes de vitesses et toutes sortes de choses. »
Le directeur général insiste sur la charge de travail colossale imposée aux équipes :
« Quelqu’un m’a dit hier qu’il y avait 36 jours entre le drapeau à damier à Abou Dhabi et le premier moment où notre voiture va aller sur la piste, et cela inclut l’arrêt hivernal obligatoire.
Donc, le travail qui aurait normalement pris deux ou trois mois a été compressé en littéralement quatre semaines. Le chevauchement entre la fin des courses en 2025 et la production de la voiture de 2026 est énorme.
Nous courons ici cette année, mais Enstone est complètement sur 2026 et l’est depuis un certain temps. »
Dans ce contexte, la saison 2025 a été sacrifiée très tôt. Dès janvier, le développement de l’A525 a été gelé au profit de la future A526. David Sanchez, directeur technique, explique que l’A524, base de la voiture 2025, souffrait de limitations fondamentales.





La traction insuffisante, les faiblesses structurelles des suspensions et une aérodynamique peu efficiente rendaient toute correction coûteuse et peu rentable. Seule la suspension arrière a été revue. Un unique package aérodynamique a été conçu, puis intégré au printemps. Ensuite, plus rien.

En parallèle, le moteur Renault n’a pas été en mesure de compenser ces déficits. Sa moindre efficacité énergétique, notamment sur des circuits gourmands, a privé l’équipe de l’effet levier offert à d’autres écuries clientes de motoristes plus compétitifs.
Alpine s’est peu à peu détachée du peloton, en subissant la montée en puissance de rivaux plus actifs techniquement. Les problèmes de gestion thermique sur certaines pistes, une sensibilité extrême aux températures de piste, et une dégradation pneumatique difficile à anticiper ont plombé les week-ends, en particulier sur les tracés urbains.
Pour autant, la dynamique d’Enstone s’est transformée en coulisses. Depuis son arrivée début septembre, Steve Nielsen souligne l’évolution des mentalités :
« C’est plein de gens avec un esprit de course. Elle a eu des résultats mitigés récemment, mais je pense qu’il y a une passion et une volonté de remettre cela à un niveau supérieur. Le dévouement est énorme, du haut en bas de l’entreprise. »
L’approche du Britannique vise à stabiliser les structures :
« Mon rôle est de coordonner cela, de renforcer les domaines qui sont bons, de rétablir les domaines où nous sommes faibles, et d’apporter du bon sens et de la cohérence à la direction.
Il y a eu trop de changements ces dernières années à Enstone. »
Et les premiers signes de mieux se sont fait sentir en piste en fin de saison.

Pierre Gasly, seul pilote à avoir marqué des points cette année, a offert quelques éclaircies. « Je pense que c’est une combinaison de plusieurs choses, honnêtement », confie Nielsen. « C’est une amélioration parce que la barre a été placée assez bas pour nous récemment, ce qui n’est pas génial. Ce n’est pas là où nous voulons être. Il est vrai que lors des deux dernières courses, nous avons un peu progressé. »
Cette légère remontée est attribuée en partie aux conditions de piste. Mais cette dynamique reste fragile. Lors de la course sprint, Pierre Gasly et Franco Colapinto se sont qualifiés en dernière ligne et n’ont jamais pu remonter, terminant leur course anonymement après un changement de pneus précipité.
Les lacunes de l’Alpine A525 sont connues, les solutions sont attendues. Et c’est 2026 qui devra livrer les réponses.

Un atout réglementaire majeur pour 2026
La dernière place au classement constructeurs n’aura pas été totalement vaine pour BWT Alpine Formula One Team. En vertu du règlement sportif encadrant l’équilibre du développement en soufflerie et en simulation CFD, l’écurie d’Enstone disposera en 2026 d’une capacité de travail théorique bien supérieure à celle de ses rivales.
Avec une enveloppe maximale fixée à 115 % des quotas de référence, Alpine bénéficiera de plus de latitude que McLaren, leader 2025, limité à 70 %. L’écart est significatif : plusieurs centaines d’heures supplémentaires en soufflerie et près d’un millier de simulations CFD pourront être exploitées en interne, de quoi potentiellement accélérer le processus de conception de l’A526.
Dans le contexte d’un basculement technique majeur – nouvelle réglementation aérodynamique, nouveaux châssis, nouveau groupe motopropulseur – ce différentiel de moyens constitue une véritable opportunité stratégique. Reste à savoir si l’équipe saura l’exploiter pleinement.
À cela s’ajoutera une autre nouveauté introduite par la FIA à partir de 2026 : le système ADUO (Aerodynamic and Development Upside Opportunity). Pensé pour rééquilibrer les performances entre motoristes, ce dispositif attribuera des ressources supplémentaires aux groupes propulseurs jugés en retrait sur une base de performances moyennes évaluée tous les cinq à six Grands Prix.
Trois leviers sont prévus : soutien financier ciblé, extension des fenêtres de tests et possibilité d’obtenir une recertification technique du moteur en cours de saison.
Même si Alpine n’est plus motoriste depuis l’arrêt de Viry-Châtillon, le fonctionnement de ce mécanisme pourrait indirectement avantager son nouveau partenaire Mercedes en cas de déficit de performance constaté sur les premières courses. Un scénario encore hypothétique, mais surveillé de près par les équipes concernées.

Christian Horner, un retour en vue avec Alpine ?
Alors que BWT Alpine Formula One Team repense son avenir, des mouvements en intersaison se dessinent en coulisses. L’ancien patron de Red Bull Racing, Christian Horner, serait en discussions avancées avec le consortium américain Otro Capital pour un rachat partiel des parts de l’équipe française.
Écarté de Red Bull en juillet 2025, Christian Horner cherche à revenir en F1 par la grande porte, non plus comme team principal, mais comme actionnaire influent.
Des tractations auraient lieu pour reprendre les 24 % détenus par Otro Capital, dont la valeur aurait doublé depuis deux ans. L’intéressé ne nie pas les discussions, mais refuse pour l’heure de commenter davantage. Le lien ancien entre Horner et Flavio Briatore, aujourd’hui conseiller exécutif chez Alpine, ajoute un parfum de réalisme à ce projet.
Bien que Steve Nielsen ait minimisé ces rumeurs en octobre, il n’a pas fermé la porte :
« Tout ce que je vois et tout ce que je sais, c’est qu’il n’y a aucune vérité dans l’idée que Christian rejoigne Alpine. Mais ça ne veut pas dire que cela n’arrivera pas. Après tout, c’est la Formule 1. »
Ils ont dit
Steve Nielsen (Directeur général) :
« Je ne crois pas aux plans sur 100 courses, ni aux plans triennaux ou quinquennaux.
Je crois qu’il faut placer les meilleurs éléments possibles aux postes adéquats, définir une mission claire, fédérer les équipes dans la même direction et travailler sans relâche pour obtenir les meilleurs résultats.
On y travaille sans relâche, c’est un processus lent, et on espère, au final, faire un meilleur travail que tous les autres »
Dave Greenwood (Directeur sportif) :
« L’année prochaine s’annonce un peu plus compliquée, mais ce ne sera comme ça qu’au début. Après trois courses, on aura l’impression que c’est devenu la norme. »
Vers la saison 2026 : une remise à zéro assumée
La saison 2026 s’annonce comme un tournant. Les premiers roulages prévus en janvier permettront de vérifier les progrès accomplis sur la future Alpine A526.
L’objectif est clair : produire une monoplace plus performante que sa devancière, sans pour autant s’emballer sur son positionnement dans la hiérarchie.
L’arrivée du moteur Mercedes, combinée à une philosophie aérodynamique radicalement différente, exige une période d’adaptation. Le défi est immense, car il faudra repenser toute l’architecture interne de la monoplace. À Enstone, l’ambition est mesurée mais réelle. L’équipe espère que son basculement précoce sur la réglementation 2026 portera ses fruits. Mais le paddock, lui, attend des preuves.
À défaut d’avoir tenu ses promesses passées, BWT Alpine Formula One Team entend construire sur des fondations plus solides. Le pari est risqué. S’il réussit, il pourrait marquer un vrai tournant dans l’histoire moderne de l’écurie.
Dans le cas contraire, c’est toute la stratégie de reconstruction engagée depuis l’arrivée de Steve Nielsen qui serait remise en question.
Source : Autohebdo ; Motorsport Next-Gen Auto



