Un week-end brésilien sous tension pour l’Alpine Endurance Team, plombée par la Balance of Performance et stoppée net par un souci technique jamais vu. La n°36 sauve quelques points, la n°35 est victime d’une panne du système hybride. Retour sur une épreuve aussi frustrante qu’instructive.
Alpine Endurance Team : une course compromise avant même le départ
À São Paulo, le retour du WEC post-Le Mans n’a pas permis à Alpine de redresser la barre comme espéré. Le circuit d’Interlagos, redoutable et étroit, n’a jamais été tendre avec les prototypes LMDh, mais c’est une autre forme de restriction qui a d’abord pesé sur les ambitions françaises : la Balance of Performance. Appliquée sans concessions, elle infligeait à l’A424 un double handicap technique, avec 8 kilos supplémentaires sur la balance et une réduction de puissance de 8 kW. Dans une catégorie où les écarts se mesurent à la poignée de millièmes, cette pénalité a suffi à neutraliser toute velléité de performance brute.
















Résultat : des qualifications serrées mais sans élan, avec les deux prototypes relégués en huitième ligne après avoir manqué l’Hyperpole pour moins d’un dixième.
La suite de l’épreuve n’a fait que confirmer les difficultés de dépassement sur ce tracé étroit et sinueux, où la densité du peloton et la quasi-absence de faits de course (aucune neutralisation significative, peu de rebondissements) ont gelé les écarts dès les premiers relais. Frédéric Makowiecki et Ferdinand Habsburg, tous deux au départ, ont pourtant effectué des entames incisives, engageant les A424 dans des manœuvres agressives pour remonter dans la hiérarchie.
Makowiecki notamment s’est offert plusieurs dépassements musclés, mais rapidement bloqué par le trafic, il a vu les leaders creuser l’écart. C’est là que la BoP a pleinement joué son rôle de verrou. Le déficit de puissance dans les relances et le surpoids dans les enchaînements lents limitaient toute capacité à tenir un rythme compétitif sur la durée.
Le coup de théâtre du week-end est survenu sur la n°35. Alors que Ferdinand Habsburg était en train de stabiliser la voiture dans le top 12, un message d’alerte au niveau de la batterie haute tension du système hybride imposait l’arrêt immédiat de l’auto. Un protocole de sécurité appliqué à la lettre, pour une panne jamais rencontrée jusque-là sur la plateforme LMDh d’Alpine. Résultat : plus d’une heure d’immobilisation en garage, des points envolés, et une course transformée en session d’essais grandeur nature pour Paul-Loup Chatin, Habsburg et Charles Milesi. Frustration d’autant plus grande que le rythme, en conditions propres, semblait prometteur.
















Partie 2 : exécution rigoureuse et potentiel frustré
Côté n°36, l’espoir restait permis grâce à une gestion fluide de la stratégie et une exécution sans fautes majeures. Après le relais initial de Makowiecki, Jules Gounon prenait le relais avec autorité, notamment dans une confrontation prolongée contre la Ferrari n°50. L’Alpine tenait bon, mais butait toujours sur la même limite : un déficit de performance en ligne droite et dans les phases de freinage instable, directement imputable à la BoP.
C’est finalement Mick Schumacher qui bouclait les deux dernières heures, profitant de la régularité du package pour remonter jusqu’à la neuvième place. Un ultime duel avec la Ferrari n°83 — pourtant victorieuse au Mans mais elle aussi bridée par le règlement — offrait un semblant de suspense, mais le pilote allemand échouait à une seconde du gain de la huitième position.
















Le bilan comptable est maigre mais non nul : des points qui permettent à Alpine de conserver la sixième place au championnat constructeurs, avec désormais 58 unités, contre 95 pour Toyota, quatrième. La performance de la n°36, bien que méritoire, ne masque pas les manques. L’écurie visait clairement plus haut, et les conclusions tirées à Interlagos confirment que les objectifs de fin de saison ne pourront être atteints qu’à condition de disposer d’un équilibre BoP plus juste et d’un niveau de fiabilité irréprochable sur les composants hybrides.
Alpine mettra à profit la pause estivale pour tirer les enseignements d’un week-end où les efforts n’ont pas suffi à compenser les désavantages techniques. La panne de la n°35 fera l’objet d’une analyse technique complète, tandis que le comportement aérodynamique de l’A424 sur ce type de tracé sera passé au crible.
Le prochain rendez-vous, programmé à Austin début septembre, pourrait offrir un terrain plus favorable à la relance. Mais dans le contexte réglementaire actuel, rien n’est garanti. La seule certitude est que le niveau de compétition en Hypercar 2025 ne laisse aucune marge aux approximations.
















Ils ont dit
Philippe Sinault, Team Principal Alpine Endurance Team
« Nous pouvons tirer de nombreux enseignements de cette épreuve. Nous avons beaucoup progressé avec la voiture par rapport à l’an passé, mais nous manquons l’Hyperpole pour moins d’un dixième de seconde. Cela montre à quel point le niveau est extrêmement relevé et les écarts infimes. En partant loin sur la grille, une course compliquée nous attendait, avec des situations plus délicates à gérer. Malgré cela, les pilotes ont rendu une copie propre, et l’équipe a aussi su réagir pour obtenir une voiture plus performante en course.
Nous avons presque fait ce que nous pouvions faire de mieux avec la n°36 compte tenu de notre position de départ. Malheureusement, la n°35 a rencontré un problème inédit de batterie entraînant son arrêt immédiat par mesure de sécurité. C’est frustrant, mais cela a bien été géré et nous avons pu repartir pour continuer à engranger de l’expérience. Nous allons désormais mettre la courte pause estivale à profit avant de nous tourner vers le rendez-vous d’Austin dans un mois et demi seulement. »
Nicolas Lapierre, Directeur sportif Alpine Endurance Team
« Après des qualifications en deçà de nos attentes, l’objectif était clairement de remonter dans la hiérarchie. Les pilotes ont fait leur part du travail, mais nous avons perdu beaucoup de temps dans le trafic en début de course. Les points sont au rendez-vous, mais nous espérions mieux. Malheureusement, la n°35 a perdu toute chance de bon résultat assez tôt.
C’est toujours frustrant, surtout lorsque l’on sait l’engagement de toute l’équipe. Cela dit, cette course était riche d’enseignements. Nous allons analyser en détail ce week-end pour revenir plus forts à la rentrée. »
Frédéric Makowiecki (n°36)
« Si l’on juge notre performance dans son ensemble, on voit qu’il reste beaucoup de travail. Le week-end a été compliqué sur plusieurs aspects.
La qualification a été difficile, et la course devient donc forcément plus piégeuse. Nous avions un rythme plutôt correct, mais pas suffisant pour viser le top 5. À nous de travailler dur pour revenir aux avant-postes et aller rechercher des podiums d’ici la fin de saison. »
Jules Gounon (n°36)
« Nous sommes bien remontés depuis la quinzième place. Frédéric a réalisé un excellent départ avant d’enchaîner avec de très beaux dépassements. Nous terminons neuvièmes, soit un nouveau top dix avec des points à la clé.
C’était presque une course sans faute de notre côté, et nous avons extrait le maximum de ce que nous avions. Il faudra analyser ce que nous aurions pu mieux faire, améliorer notre package pour progresser encore à Austin. »
Mick Schumacher (n°36)
« Nous n’avons clairement pas maximisé notre potentiel, car je pense que nous pouvions prendre au moins la huitième place. Cela dit, nous pouvons nous satisfaire d’une nouvelle entrée dans les points, ce qui est l’objectif minimum sur chaque course.
Nous devrons retenir tous les enseignements de cette course avant de tirer un trait dessus et de nous concentrer sur la prochaine épreuve au Texas. »
Ferdinand Habsburg (n°35)
« Nous étions dans le rythme et nous faisions du bon travail dans l’air propre. Malheureusement, nous avons été victime d’un problème de batterie sur le système hybride, ce qui ne nous était jamais arrivé. L’équipe n’aurait rien pu faire pour l’éviter, donc il n’y a aucun reproche à faire.
C’est frustrant, car tout le monde a beaucoup travaillé, j’adore courir au Brésil et je pense que les points étaient à notre portée ce week-end. Nous nous tournons déjà vers Austin, en tirant les leçons de ce qu’il s’est passé pour revenir plus forts. »
Paul-Loup Chatin (n°35)
« Nous savions que les qualifications seraient un peu compliquées, car il nous manquait de la performance sur un tour. En revanche, les essais avaient montré un bon rythme de course, et c’est ce que nous avons confirmé en début d’épreuve.
Malheureusement, ce problème a anéanti toutes nos chances assez tôt. Le sport automobile est parfois ainsi, il faut l’accepter, mais c’est frustrant et dommage comme il y avait peut-être une belle place à aller chercher. »
Charles Milesi (n°35)
« Ce n’est clairement pas le week-end que nous espérions, mais c’est dans ces moments-là que nous apprenons le plus. Il n’y a pas grand-chose à retenir sportivement, si ce n’est qu’il reste beaucoup de travail pour atteindre le niveau auquel nous aspirons.
Nous allons profiter de la pause pour recharger les batteries et tout mettre en œuvre pour rebondir dès Austin. »
Classements
Malgré une récolte de points modeste, Alpine conserve sa place au sein du top six constructeur. Le retard sur Toyota reste conséquent mais mathématiquement surmontable dans les épreuves restantes.
6 Heures de São Paulo – Classement Hypercar
| Position | Équipe | Voiture |
|---|---|---|
| 1 | Cadillac Hertz Team JOTA | n°12 |
| 9 | Alpine Elf Endurance Team | n°36 |
| 18 | Alpine Elf Endurance Team | n°35 |
Championnat du Monde d’Endurance – Pilotes Hypercar
| Position | Pilotes | Points |
|---|---|---|
| 1 | Calado / Giovinazzi / Pier Guidi | 105 |
| 13 | Gounon / Makowiecki / Schumacher | 36 |
| 19 | Chatin / Habsburg / Milesi | 12 |
Championnat du Monde d’Endurance – Constructeurs Hypercar
| Position | Constructeur | Points |
|---|---|---|
| 1 | Ferrari | 175 |
| 6 | Alpine | 58 |
Source : Alpine Endurance Team




Je ne m explique toujours pas que Renault-Alpine ne se retire pas immédiatement de la F1…le moteur est au bout de son dévellopement et ne peut plus être modifié…alors on se retire…il n y a pas de honte à ne pas être dans la bonne voie. Quand cela ne fonctionne pas, alors on se retire avec dihnité et sérieux plutot que d être la risée des autres équipes en regressant d année en année.
Une telle équipe de haut vol ferait mieux de produire des miteurs de série indestructibles et de tres hautes performances plutot que de simuler en F1