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Alpine a choisi de lever le voile sur son propre secret quelques jours avant Goodwood, plutôt que de laisser les téléobjectifs s’en charger. Baptisée Alpine A110 FUTURE, la bête de développement de la troisième génération d’A110 roulera chaque jour du 9 au 12 juillet devant les collines du Sussex — et pour la marque de Dieppe, c’est un pari calculé autant qu’un aveu : cette voiture-là compte plus que les autres.
Un mulet qui n’a rien d’anecdotique
Dans le jargon des constructeurs, un « mulet » désigne un prototype roulant, souvent bricolé à partir d’une carrosserie existante, chargé de valider en conditions réelles les organes mécaniques d’un modèle encore secret. Rien de glamour a priori. Sauf que celui d’Alpine porte, sous une robe qui évoque déjà les lignes tendues de la future A110, l’intégralité de l’Alpine Performance Platform (APP) — la plateforme sur laquelle repose tout l’avenir électrique de la sportive française.
Signe que le temps presse plus que le style, chez Alpine : la caisse retenue pour ce mulet n’est autre que celle de l’A110 Phase 2, redessinée aux extrémités pour accueillir la nouvelle mécanique. Les boucliers avant et arrière ont été redessinés — nécessité oblige, pour loger l’électronique de puissance et les prises de charge — tandis qu’une livrée noire, tantôt mate, tantôt brillante selon les panneaux, brouille les volumes aux yeux des photographes les plus aguerris.

Sur les flancs, l’inscription « A110 FUTURE » s’affiche en bleu et gris, encadrée par des bandes grises qui courent sur les ailes avant et arrière ; une troisième bande, plus discrète, file d’un bout à l’autre de la carrosserie, de la pointe avant jusqu’au becquet arrière, comme un trait d’union entre ce que la voiture a été et ce qu’elle s’apprête à devenir. Un exercice de camouflage assumé, presque théâtral, qui n’empêche personne de deviner, sous cette robe de travail, les proportions déjà plus tendues d’une A110 qui n’a pas fini de se raconter.
Le calendrier n’est pas anodin. Goodwood, plus grand rassemblement automobile en plein air au monde depuis sa création en 1993, offre à Alpine une caisse de résonance mondiale au moment où la marque affirme vouloir livrer « la première véritable sportive 100 % électrique du marché ». L’ambition affichée est haute ; la démonstration, elle, se fera en direct, dans la célèbre montée, sous les yeux d’un public de connaisseurs peu enclins à la complaisance.
L’Alpine Performance Platform, ou comment électrifier sans trahir l’ADN A110
La question qui hante Alpine depuis l’annonce de l’électrification de l’A110 tient en une phrase : comment conserver l’agilité d’une voiture qui pèse à peine plus d’une tonne quand on lui greffe des batteries ? La réponse s’appelle APP, pour Alpine Performance Platform, une architecture maison pensée dès le départ pour les sportives électriques haute performance — et non une simple adaptation d’une plateforme généraliste du groupe Renault.

Sa structure en aluminium, mêlant profilés extrudés et pièces moulées, doit beaucoup à des méthodes d’assemblage empruntées à l’aéronautique : collage structural associé à du rivetage, une technique qui permet de gagner en rigidité sans alourdir la note en kilos.
L’objectif affiché par Alpine est limpide — maximiser la rigidité tout en minimisant la masse — et la plateforme se veut modulable, capable d’accueillir à terme plusieurs carrosseries (coupé, spider, 2+2) sur plusieurs générations de produits. La future A110 de série sortira d’ailleurs de la Manufacture Alpine Dieppe Jean Rédélé, comme toutes ses devancières depuis 1955.
Deux packs de batteries pour retrouver l’équilibre d’une vraie sportive
C’est sans doute le choix technique le plus singulier de toute l’architecture. Là où l’immense majorité des voitures électriques logent une seule batterie plate sous le plancher, Alpine a préféré scinder le pack en deux : un module de taille réduite à l’avant, et le pack principal, plus volumineux, positionné à l’arrière — précisément là où logeait jadis le bloc thermique de l’A110. Le calcul est simple sur le papier, redoutablement complexe à exécuter : reproduire la répartition des masses de 40/60 % avant/arrière qui fait depuis toujours la réputation dynamique de la Berlinette, tout en conservant une position de conduite très basse, autre signature de la voiture.

Sur le plan électrique, Alpine bascule vers une architecture 800 volts — une première pour une sportive au sein du groupe Renault — associée à une technologie cell-to-pack et à des cellules à haute densité énergétique. Concrètement : moins de poids pour une capacité donnée, des recharges plus rapides, et une meilleure gestion thermique, point loin d’être secondaire quand on envisage des tours de circuit répétés. Les informations recoupées avec la Renault 5 Turbo 3E, qui partage certains éléments de plateforme, évoquent une capacité avoisinant les 70 kWh, pour une autonomie annoncée supérieure à 560 km en cycle WLTP.
Un e-axle taillé pour le plaisir, pas seulement pour la performance
À l’arrière, un nouvel e-axle 3-en-1 regroupe deux moteurs électriques et leur électronique associée, pilotés par un onduleur en carbure de silicium (SiC) — une technologie qui garantit une réponse quasi instantanée et une excellente tenue en température, même sollicitée. Alpine a fait le choix, du moins pour la version de base, de conserver une propulsion arrière pure plutôt que de céder aux sirènes du tout-à-la-roue, histoire de préserver ce caractère un brin chahuteur qui a toujours fait le sel de l’A110.
Le vectorisation de couple, baptisée Alpine Active Torque Vectoring, redistribue la puissance entre les deux roues arrière toutes les 10 millisecondes — un rythme qui donne le vertige quand on le compare aux réactions humaines. L’ensemble est chapeauté par l’Alpine Dynamic Model (ADM), un cerveau central chargé d’orchestrer en temps réel moteurs, batterie, freinage régénératif, direction et aérodynamique active. Sur le papier, c’est presque plus proche d’un système de pilotage de monoplace que d’une voiture de route classique.

Côté puissance, Alpine reste évasif — volontairement. Interrogé par la presse britannique, Philippe Krief, CEO de la marque, s’est contenté de promettre que la future A110 disposerait « beaucoup » de chevaux, et que ce serait « plus que suffisant ». Une pirouette de communicant, certes, mais qui laisse entendre que la barre des 345 ch de l’actuelle A110 R Ultime, déjà la plus radicale de la gamme thermique, sera largement dépassée.
Il faut être honnête : à 1 450 kg annoncés par Philippe Krief, la future A110 électrique affichera environ 300 à 350 kg de plus que l’actuelle génération thermique, qui oscille entre 1 100 et 1 140 kg selon les versions. C’est le revers, connu et documenté, de toute électrification d’une voiture légère. Alpine ne le nie pas — la marque mise plutôt sur le couple disponible instantanément et sur la finesse du torque vectoring pour que la sensation de conduite reste, elle, fidèle à l’esprit
Châssis et trains roulants suivent la même logique de légèreté maîtrisée : suspensions à double triangulation entièrement en aluminium, systèmes de freinage et de direction intégrés et repensés, pour une rigidité que la marque annonce nettement supérieure à celle de l’A110 actuelle.
Goodwood, vitrine totale d’une marque en pleine mue
Alpine ne se contente pas d’envoyer un prototype grimper la colline. La marque déploie à Goodwood sa présence la plus ambitieuse jamais organisée pour cet événement, avec l’intégralité de sa gamme actuelle et une brochette de modèles qui ont jalonné son histoire, de l’icône des rallyes des années 1970 à cette pionnière électrique encore camouflée.
L’A290, devenue la compacte électrique la plus vendue de la marque, et l’A390, fastback cinq places de 470 ch qui porte une bonne partie de la croissance récente d’Alpine, complètent le tableau sur la piste comme sur le stand.

Temps fort programmé pour le jeudi 9 juillet : « l’Alpine Moment », une parade réunissant l’A110 FUTURE aux côtés des A110 historiques, suivie d’une démonstration de la monoplace de Formule 1 E20 en guise de clôture. Difficile de faire plus explicite comme mise en scène du fil qui relie le passé sportif de la marque à son avenir électrique.
Sur le plan humain, Alpine mobilise cinq pilotes du BWT Alpine Formula One Team pour l’occasion. Pierre Gasly et Franco Colapinto tiendront le haut de l’affiche, épaulés par Nina Gademan, Paul Aron et Alex Dunne, tous issus de l’Alpine Academy ou pilotes de réserve.
Le stand Alpine, animé quatre jours durant, proposera simulateurs interactifs, prises de parole quotidiennes des pilotes, séances de dédicaces et DJ sets à l’heure du déjeuner — la panoplie complète d’un constructeur qui veut faire de Goodwood un moment de marque autant qu’une démonstration technique.
Programme Alpine au Festival
| Voiture | Sessions | Emplacements |
|---|---|---|
| A390 | First Glance (tous les jours) / Manufacturer Batch (jeudi uniquement) | First Glance Paddock, Stand Alpine, Cathedral Paddock |
| A110 FUTURE | First Glance | First Glance Paddock |
| A290 | Manufacturer Batch (jeudi uniquement) | Cathedral Paddock, Stand Alpine |
| A110 | Alpine Moment (jeudi uniquement) | Stand Alpine |
| A110 Celebration | Alpine Moment (jeudi uniquement) | — |
| A110 Berlinette | Alpine Moment (jeudi uniquement) | Stand Alpine |
| F1 Showcar | Session F1 | Paddock F1 |
| A110 R70 | — | Stand Alpine |
| A110 R Le Mans | Alpine Moment (jeudi uniquement) | Stand Alpine |
Ce qu’il faut en retenir
L’A110 FUTURE n’est pas encore la voiture que les clients trouveront chez leur concessionnaire, et Alpine ne s’en cache pas — la caisse Phase 2 recyclée et sa livrée de camouflage bleu, gris et noir le rappellent à chaque virage.
Mais entre l’architecture 800 V, le double pack de batteries pensé pour l’équilibre plutôt que pour la seule autonomie, et un système de gestion dynamique hérité en droite ligne de la culture course de la marque, la copie technique dévoilée ce 3 juillet a de quoi rassurer les puristes les plus sceptiques face à l’électrification.
Reste à voir, du 9 au 12 juillet sur la colline de Goodwood, si les sensations suivront les chiffres. Rendez-vous est pris.
Source : Alpine Cars



