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BWT Alpine Formula One Team n’a pas cherché le coup d’éclat à Sakhir. Elle a cherché à comprendre. Trois jours d’essais pré-saison, du 11 au 13 février 2026, sur le circuit international de Bahreïn (5,412 km, 15 virages).
Au terme de cette première session, le bilan chiffré est clair : 318 tours, 1 721 kilomètres, une amélioration interne de près d’une seconde entre le mercredi et le vendredi, et surtout une Alpine A526 qui a progressivement cessé d’être une inconnue pour devenir un outil exploitable.
Dans une Formule 1 profondément transformée par la réglementation 2026, le véritable enjeu n’était pas le classement brut.
Il était ailleurs : dans l’intégration du Mercedes F1 M17 E Performance, dans la gestion du nouvel équilibre énergétique 50/50, dans la validation d’un aileron arrière actif au concept singulier, et dans la capacité de l’équipe à faire fonctionner l’ensemble sans fragilité chronique.
Sur ces points, Alpine a livré une copie autrement plus consistante qu’en 2025.
2026 : moins de puissance thermique, plus de responsabilité énergétique
Le règlement 2026 ne laisse aucune zone de confort. La limitation énergétique à 3000 MJ/h, la disparition du MGU-H et l’augmentation de la puissance électrique à 350 kW via le seul MGU-K ont redéfini la manière d’exploiter une monoplace.

La puissance thermique passe d’environ 840 chevaux à 550-560 chevaux. L’électrique prend le relais pour maintenir un total voisin des 1 000 chevaux, mais avec une contrainte : l’énergie disponible par tour est plafonnée. Sans MGU-H pour lisser la réponse du turbo, le turbo-lag revient au premier plan. La récupération d’énergie repose uniquement sur le freinage et les phases de lever de pied.
À Bahreïn, cela se ressent immédiatement. Les zones de traction lente – notamment au virage 10 – deviennent des révélateurs du calibrage couple thermique / couple électrique. Le vendredi, lors d’une simulation de départ, Franco Colapinto en a fait l’expérience : patinage marqué, calage avant le premier virage. Rien d’alarmant, mais une illustration concrète de la complexité du nouveau package.

Le passage au Mercedes F1 M17 E Performance n’est pas un détail. À Sakhir, la fiabilité n’a pas été parfaite les deux premiers jours, mais elle a progressé rapidement, ce qui, dans ce contexte réglementaire inédit, constitue déjà un signal encourageant.
Alpine A526 : une réponse aux contraintes, pas un caprice conceptuel
L’Alpine A526 n’est pas une rupture isolée ; elle est une réponse à un règlement qui a obligé tout le plateau à repartir d’une feuille presque blanche. Largeur réduite de 10 cm, empattement raccourci de 20 cm, masse minimale abaissée autour de 768 kg : toutes les équipes ont dû revoir leur copie.
Alpine annonce environ 30 kg de moins par rapport à 2025. Ce chiffre a son importance, mais la vraie question réside dans la distribution de cette masse et dans la manière dont elle interagit avec l’aérodynamique active. À Bahreïn, la voiture s’est montrée plus vive dans les changements d’appui, sans tomber dans l’instabilité chronique. Le travail sur la hauteur de caisse et la rigidité de suspension a occupé une grande partie du programme.





La suspension avant pull-rod, avec des triangles supérieurs fortement inclinés, s’inscrit dans cette logique. Elle ne vise pas l’originalité gratuite, mais l’optimisation des flux vers le fond plat. Les ingénieurs ont multiplié les configurations sur les trois jours pour comprendre comment la voiture réagit lors des transitions entre mode “Straight” (réduction de traînée) et mode “Corner” (appui maximal).
L’élément le plus commenté reste l’aileron arrière. Contrairement à la majorité du plateau, Alpine a positionné la ligne de charnière du flap mobile près du bord d’attaque. En ligne droite, le système abaisse le bord de fuite plutôt que de relever le flap. L’objectif est clair : améliorer l’extraction d’air du diffuseur en phase de réduction de traînée et contrôler le stall de manière plus progressive.

À Sakhir, ce dispositif n’a pas seulement été observé ; il a été mesuré. Flow-viz paint, pitot arrays, corrélations CFD : l’équipe a cherché à vérifier l’impact réel sur la charge arrière, la stabilité et l’usure des pneus. Après une saison 2025 fragile, Alpine ne peut pas se permettre un pari théorique. Tout doit être validé en piste.
BWT Alpine Formula One Team – Trois jours pour poser les bases
Mercredi 11 février – mise en route et premiers ajustements
Franco Colapinto ouvre le bal le matin avec 28 tours et un meilleur temps de 1’40’’330 (18e). Après 17 tours, l’Alpine A526 s’immobilise au virage 6. Problème d’intégration électronique probable. L’arrêt provoque un drapeau rouge, mais la voiture reprend la piste et complète son programme initial.
L’après-midi, Pierre Gasly parcourt 49 tours et signe un 1’36’’765, huitième temps du jour. Les runs sont longs, orientés vers la collecte de données. Les aero rakes installés à l’arrière confirment que la priorité n’est pas la performance pure mais la corrélation aérodynamique. Total de la journée : 77 tours, 417 kilomètres.

Jeudi 12 février – montée en régime contrôlée
Pierre Gasly conserve la voiture toute la journée. 97 tours, 525 kilomètres, un 1’36’’723 qui le place septième. L’amélioration chronométrique est minime, mais la voiture paraît plus cohérente dans ses réactions.
En fin d’après-midi, une anomalie détectée dans les données pousse l’équipe à interrompre la session par précaution. Aucun dommage. Décision raisonnable pour une monoplace neuve. Les essais portent alors sur l’intégration complète du groupe propulseur, la gestion du turbo-lag et les premières validations poussées de l’aérodynamique active.

Vendredi 13 février – validation par le volume
Franco Colapinto boucle 144 tours, soit 779 kilomètres, deuxième plus gros total du plateau. Aucun problème technique signalé. Le meilleur chrono de 1’35’’806 marque une progression interne de 0’’959 sur la semaine.
Plus révélateurs que le temps au tour : les relais longs. La récupération d’énergie apparaît plus stable, la traction en sortie lente moins heurtée, la dégradation pneumatique contenue malgré les températures en hausse. La voiture ne donne pas l’impression de masquer un problème structurel.

Où se situe réellement Alpine après Bahreïn ?
Avec 318 tours au total, BWT Alpine Formula One Team se classe quatrième en kilométrage derrière Red Bull, Racing Bulls et Cadillac, mais devant Mercedes. Dans une ère où la compréhension des systèmes hybrides et des modes aérodynamiques actifs est primordiale, ce volume a du poids.
L’écart brut aux leaders reste conséquent. Deux à trois secondes. Mais les essais hivernaux sont devenus un exercice de dissimulation autant que d’évaluation. Certains roulent chargés, d’autres masquent leurs modes électriques les plus agressifs. Alpine, de son côté, a surtout cherché à fiabiliser et comprendre.




Ce que Bahreïn laisse entrevoir, ce n’est pas une Alpine prête à jouer la pole position à Melbourne. C’est une voiture plus saine que sa devancière, mieux intégrée autour de son groupe propulseur, et capable d’enchaîner les kilomètres sans s’effondrer.
Dans un milieu de tableau qui s’annonce dense avec Haas, Williams ou Audi, cette solidité pourrait valoir plus qu’un chrono flatteur isolé.
Tableau récapitulatif – Essais pré-saison Bahreïn 2026
| Journée | Pilote(s) | Tours | Meilleur Temps | Kilomètres | Éléments marquants |
|---|---|---|---|---|---|
| 11/02 | Colapinto / Gasly | 77 | 1’36’’765 | 417 km | Arrêt en piste, corrélation aérodynamique |
| 12/02 | Gasly | 97 | 1’36’’723 | 525 km | Intégration PU, arrêt préventif |
| 13/02 | Colapinto | 144 | 1’35’’806 | 779 km | Validation active aero, fiabilité solide |
| Total | BWT Alpine Formula One Team | 318 | 1’35’’806 | 1 721 km | Base technique stabilisée |
Conclusion : une équipe qui travaille dans le bon sens
Si l’on s’en tient au classement brut, ces essais de Bahreïn 2026 ne bouleversent aucune hiérarchie. BWT Alpine Formula One Team n’a pas signé de meilleur temps absolu, n’a pas enchaîné les simulations de qualifications spectaculaires, et reste à plusieurs secondes des références apparentes. Mais réduire ces trois journées à cet écart serait passer à côté de l’essentiel.

Ce que l’Alpine A526 a montré à Sakhir, c’est d’abord une capacité à absorber un changement réglementaire massif sans se désorganiser. Le passage au Mercedes F1 M17 E Performance, la disparition du MGU-H, la gestion d’un MGU-K porté à 350 kW, l’introduction d’une aérodynamique active intégrale et d’un aileron arrière à conception inversée : tout cela aurait pu produire une monoplace instable, imprévisible, fragile. Ce ne fut pas le cas.
Les deux premières journées ont révélé des ajustements nécessaires — intégration électronique, arrêt préventif, calibrage énergétique encore perfectible — mais aucune faiblesse structurelle. Le vendredi, avec 144 tours bouclés sans incident et un 1’35’’806 cohérent, l’Alpine A526 a surtout validé sa robustesse opérationnelle. Dans une ère où la gestion énergétique devient un jeu d’équilibre permanent entre récupération, déploiement et stabilité aérodynamique, cette constance vaut plus qu’un éclat isolé.

Bahreïn a également permis de comprendre la philosophie d’Alpine. L’aileron arrière inversé n’est pas un gadget technique : il s’inscrit dans une lecture fine du règlement, où la réduction de traînée et le contrôle du stall deviennent des outils de gestion énergétique. La suspension pull-rod avant, les multiples configurations testées, la corrélation méthodique avec Enstone traduisent une approche patiente. Rien de spectaculaire, mais rien d’improvisé.
La question n’est donc pas de savoir si BWT Alpine Formula One Team jouera la pole à Melbourne. Elle est plus subtile : l’Alpine A526 est-elle une base saine sur laquelle développer ? Après 318 tours et 1 721 kilomètres, la réponse tend vers l’affirmative. La voiture semble exploitable, compréhensible et suffisamment stable pour évoluer.

Dans une Formule 1 2026 où la performance ne sera plus seulement aérodynamique mais énergétique, où le pilotage devra intégrer la récupération autant que l’attaque, la saison ne se gagnera pas en février. Elle se construira dans la capacité à maîtriser les détails. À Bahreïn, Alpine n’a pas encore démontré qu’elle est prête à frapper fort. Mais elle a montré qu’elle n’avance plus à l’aveugle.
Et dans cette nouvelle ère hybride, savoir précisément où l’on va compte déjà pour beaucoup.
Sources : BWT Alpine Formula One Team



