🇬🇧 This article is also available in English: Read in English
BWT Alpine Formula One Team a quitté Shanghai avec un double signal fort. Sur la piste, l’équipe d’Enstone a enfin transformé ses progrès techniques en résultat concret avec une sixième place pour Pierre Gasly et la dixième position de Franco Colapinto, un total de points qui redonne de l’épaisseur au début de saison 2026.
Dans les coulisses, un autre dossier a gagné en netteté : celui des 24 % détenus par Otro Capital dans Alpine Racing Ltd, participation devenue l’objet de discussions de plus en plus structurées au fil du week-end chinois.

Les premières informations apparues quelques jours plus tôt, en marge du Grand Prix d’Australie, plaçaient d’abord Toto Wolff au centre de l’attention. Mais à Shanghai, la lecture s’est affinée. Ce qui circulait autour du patron de Mercedes a progressivement été repositionné autour de Mercedes comme acteur direct, dans une logique désormais cohérente avec la nouvelle architecture technique de BWT Alpine Formula One Team.
Cette précision modifie la lecture politique du dossier : il ne s’agit plus simplement d’un intérêt associé à une personnalité forte du paddock, mais d’un mouvement qui touche directement à l’environnement industriel d’Alpine.

Le point de départ remonte à juin 2023, lorsque Renault Group a ouvert 24 % du capital d’Alpine Racing Ltd à un consortium d’investisseurs emmené par Otro Capital, accompagné de RedBird Capital Partners et Maximum Effort Investments.
L’opération, conclue pour 200 millions d’euros, valorisait alors l’équipe à près de 900 millions de dollars et marquait une rupture dans l’histoire moderne du projet Alpine.
Cette ouverture du capital ne relevait pas seulement d’une logique de financement. Elle traduisait déjà une volonté de repositionner l’équipe dans une logique de valorisation à moyen terme, dans un contexte où la Formule 1 devenait un actif de plus en plus attractif pour les investisseurs internationaux.

Parmi les noms associés à cette entrée figuraient notamment Ryan Reynolds et Rob McElhenney, deux figures devenues emblématiques de la nouvelle génération d’investissements sportifs mondialisés.
Trois ans plus tard, la valeur de cette participation a mécaniquement changé d’échelle. Dans le paddock, plusieurs estimations situent désormais ces 24 % entre 448 et 500 millions de livres sterling, soit environ 520 à 580 millions d’euros, reflet direct de l’explosion de valorisation des équipes de Formule 1 depuis l’instauration du plafond budgétaire.
De Melbourne à Shanghai, Mercedes s’est imposée dans la lecture du dossier
Les premières rumeurs sont apparues dès le week-end australien du 9 mars 2026, lorsque plusieurs médias britanniques ont associé Toto Wolff à une offensive potentielle sur les parts détenues par Otro Capital.

Le contexte favorisait naturellement cette lecture : le nom du patron de Mercedes reste immédiatement lié à toute opération stratégique touchant une équipe cliente du constructeur allemand.
Mais à mesure que les échanges se sont précisés, la formulation a changé. Plusieurs sources internes ont rapidement indiqué que l’intérêt identifié relevait de Mercedes F1 en tant qu’entité, soutenue par Mercedes-Benz, et non d’une démarche personnelle de Toto Wolff.
Autour de Mercedes, le dossier ne se limite pas uniquement à la structure sportive de Brackley. Il gravite aussi dans un environnement financier devenu particulièrement puissant ces derniers mois, notamment depuis la réorganisation récente des participations autour de Toto Wolff.

À l’automne 2025, une partie de Motorsports Invest, la holding personnelle qui regroupe ses actifs liés à Mercedes, a été cédée à George Kurtz, dirigeant de CrowdStrike, pour une opération estimée à plusieurs centaines de millions de dollars. Ce mouvement a mécaniquement renforcé la valorisation globale de Mercedes-AMG Petronas Formula One Team, désormais considérée comme l’une des structures les plus puissantes économiquement du plateau.
Dans ce contexte, même si aucune implication personnelle directe de Toto Wolff n’est officiellement avancée dans le dossier Alpine, il reste évident que l’environnement Mercedes repose aujourd’hui sur un réseau d’investisseurs et de partenaires capables d’accompagner des opérations de ce type.
Cette assise financière donne naturellement du poids à Mercedes dès qu’un actif stratégique comme BWT Alpine Formula One Team entre dans une phase de discussion capitalistique.
Cette clarification a pris toute sa dimension à Shanghai.

Lors de la conférence de presse FIA du 13 mars 2026, Flavio Briatore a confirmé publiquement que la négociation évoquée concernait bien Mercedes, en insistant sur le fait qu’il s’agissait de la part détenue par Otro Capital, et non d’un mouvement autour d’Alpine dans son ensemble.
Il a également précisé que trois ou quatre acheteurs potentiels étaient aujourd’hui présents autour du dossier.
Mercedes dispose déjà d’un lien structurel avec Alpine
L’intérêt de Mercedes ne peut être séparé du basculement technique opéré cette saison.
Depuis 2026, BWT Alpine Formula One Team utilise le groupe propulseur Mercedes ainsi que la boîte de vitesses Mercedes, conséquence directe de la fermeture du programme moteur Renault à Viry-Châtillon fin 2025.



Ce changement constitue probablement l’une des ruptures les plus profondes de l’histoire récente du projet Alpine. Pendant des décennies, l’identité de Renault en Formule 1 reposait sur un équilibre clair : Enstone pour le châssis, Viry pour le moteur.
Cet équilibre n’existe plus.
Aujourd’hui, la chaîne de performance repose sur une architecture où la partie motrice n’est plus française. Et c’est précisément ce qui donne à Mercedes une position particulière dans ce dossier : le constructeur allemand est déjà devenu un partenaire central du fonctionnement sportif d’Alpine.

Flavio Briatore a d’ailleurs lui-même minimisé la portée d’un éventuel changement d’actionnaire sur le contrôle de l’équipe. Selon lui, tout acquéreur de cette participation resterait essentiellement un passager, dans la mesure où Renault Group conserve environ 76 % du capital et garde donc l’autorité sur les décisions majeures.
Shanghai rappelle aussi qu’Alpine recommence à produire
Ce contexte économique a émergé au moment où l’équipe signait justement son week-end le plus abouti depuis le début de saison.
À Shanghai, Pierre Gasly a terminé sixième, dans une course construite avec méthode et constance. Le rythme sur les longs relais a confirmé une meilleure maîtrise de la dégradation pneumatique, avec une Alpine A526 nettement plus stable dans les longues séquences rapides.
Derrière lui, Franco Colapinto a décroché la dixième place, validant à la fois sa progression et la capacité de l’équipe à replacer ses deux voitures dans la zone des points.
Ce double résultat redonne de la cohérence à un projet qui en manquait encore en Australie.
Une évolution qui nourrit forcément une autre lecture
Aucune vente globale n’est aujourd’hui annoncée. Aucune décision n’indique officiellement que Renault Group souhaite se désengager totalement. Aucun calendrier n’existe dans ce sens.
Mais il est difficile de ne pas observer, mis bout à bout, plusieurs mouvements qui dessinent une trajectoire de fond.
L’ouverture du capital à 24 % en 2023 a constitué une première étape. Le retour de Flavio Briatore en 2024 a immédiatement introduit une logique de restructuration accélérée et de revalorisation.
L’arrêt du moteur Renault à Viry-Châtillon a ensuite supprimé l’un des piliers historiques de l’identité industrielle française du programme.
L’arrivée de Mercedes comme motoriste et fournisseur de boîte de vitesses a achevé de déplacer le centre de gravité technique.
Aujourd’hui, BWT Alpine Formula One Team est une structure totalement britannique dans sa production sportive, installée à Enstone, motorisée par Mercedes, avec une chaîne industrielle qui ne passe plus par les actifs historiques français.
Le lien avec la marque dieppoise, déjà largement symbolique depuis plusieurs saisons, semble s’éloigner encore un peu plus.
Rien ne permet d’affirmer qu’une vente totale est engagée. Rien ne permet d’écrire que Flavio Briatore a officiellement pour mission de préparer une cession complète.
Mais dans le paddock, comme chez de nombreux observateurs attentifs du dossier, une impression s’installe : celle d’une équipe progressivement repositionnée pour maximiser sa valeur.
Les pions avancent lentement. Sans bruit. Mais avec une logique qui semble cohérente.
Ce n’est qu’une lecture parmi d’autres, bien sûr. Pourtant, difficile de croire qu’elle soit isolée tant ce sentiment revient régulièrement dans les discussions autour d’Alpine.
Et en Formule 1, lorsque plusieurs mouvements distincts semblent converger, il arrive rarement qu’ils le fassent totalement par hasard.
Tableau de situation capitalistique – Mars 2026
| Élément | Situation confirmée |
|---|---|
| Participation concernée | 24 % du capital d’Alpine Racing Ltd |
| Vendeur | Otro Capital |
| Prix d’entrée en 2023 | 200 millions d’euros |
| Valorisation actuelle estimée | 448 à 500 millions de livres sterling |
| Actionnaire majoritaire | Renault Group (76 %) |
| Acheteurs potentiels évoqués | Mercedes et plusieurs autres candidats |
| Nombre de candidats confirmé | Trois ou quatre |
| Validation nécessaire | Renault jusqu’en septembre 2026 |
| Contexte technique | Alpine motorisée Mercedes depuis 2026 |
Source : New-York Times



