🇬🇧 This article is also available in English: Read in English
R5 Alpine Groupe 2. Alors que le réchauffement climatique impose un changement dans nos habitudes, le monde du rallye, à l’image de l’automobile d’aujourd’hui, évolue.
Alpine a présenté son A290 rallye cet été (lire ici : Alpine A290 Rallye : la compétition client à l’ère électrique) je souhaite vous parler de son ancêtre la R5 Alpine Groupe 2.
Renault 5 Alpine Groupe 2 : la petite bombe qui a marqué l’histoire du rallye
À la fin des années 1970, Renault vit une période charnière. La marque est engagée sur tous les fronts : en Formule 1, elle révolutionne la discipline avec l’introduction du turbo ; en endurance, elle décroche la victoire aux 24 Heures du Mans en 1978 avec l’A442B ; et en rallye, elle doit trouver une relève crédible à l’A110, reine des spéciales au début de la décennie. L’Alpine A310, pourtant prometteuse, ne parvient pas à s’imposer face aux Fiat 131 Abarth, Lancia Stratos et Porsche 911.



C’est dans ce contexte que la Régie choisit une voie inédite : transformer une citadine populaire en véritable bête de course.
La Renault 5 Alpine Groupe 2 naît de cette ambition. L’idée est simple mais brillante : miser sur l’agilité, la légèreté et la traction avant pour compenser un déficit de puissance.

Le pari est réussi dès le Rallye Monte-Carlo 1978. Dans des conditions hivernales dantesques, la petite Alpine se faufile entre les ténors. Jean Ragnotti, funambule des spéciales, termine deuxième au général, juste derrière la Porsche de Nicolas, tandis que Guy Fréquelin complète le podium. Renault signe un doublé en Groupe 2 et frappe un grand coup médiatique.
Le succès est tel qu’une série limitée “Monte-Carlo” est commercialisée en mars 1978, à 2 400 exemplaires. Une manière de capitaliser sur l’image sportive et de rapprocher le public de la compétition. La R5 Alpine Groupe 2 devient alors un symbole : celui d’une voiture accessible, populaire, mais capable de défier les reines de la discipline.

Technique : une citadine transformée en arme de rallye
La base est connue : le bloc Cléon-Fonte de 1 397 cm³, déjà éprouvé sur plusieurs modèles Renault. Mais en version Groupe 2, il est profondément retravaillé : culasse spécifique, deux carburateurs double corps Weber 45, échappement libéré, boîte courte et rapports rapprochés. Résultat : une puissance comprise entre 137 et 145 chevaux selon les évolutions, pour un poids contenu autour de 800–820 kg

La voiture reçoit également des freins à disques ventilés à l’avant et pleins à l’arrière, des suspensions renforcées (barres de torsion épaissies, amortisseurs réglables) et un réservoir de 90 litres pour les longues épreuves. La largeur des pneus (185 mm) et le centre de gravité bas assurent une tenue de route exemplaire. La vitesse de pointe avoisine les 190 km/h, mais ce n’est pas là que réside sa force : c’est dans les enchaînements serrés, les épingles et les routes sinueuses que la R5 Alpine fait la différence.
Le comportement est joueur, presque espiègle. La direction est vive, le freinage mordant, et le moteur accepte de grimper jusqu’à 7 600 tr/min. Les pilotes apprécient cette capacité à pardonner les excès et à transformer chaque spéciale en terrain de jeu.
Enfin, impossible de ne pas évoquer la livrée Calberson, orange et rouge, devenue iconique. Elle symbolise une compétition populaire, proche du public, et donne à la R5 Alpine une identité visuelle forte, immédiatement reconnaissable dans les spéciales enneigées ou poussiéreuses.

Palmarès : la petite qui défiait les grandes
La carrière de la Renault 5 Alpine Groupe 2 est courte, mais marquante.
- Monte-Carlo 1978 : Jean Ragnotti termine 2e, Guy Fréquelin 3e. Renault signe un doublé en Groupe 2 et s’offre une visibilité internationale
- Bandama 1978 : Ragnotti décroche la 3e place dans un rallye africain réputé pour sa dureté
- Tour de Corse 1979 : nouvelle 3e place pour Ragnotti, confirmant l’aptitude naturelle de la R5 Alpine aux routes techniques.
- Championnat de France 1980 : Ragnotti et Andrié remportent le titre national avec plusieurs victoires (Charbonnières, Lorraine, Mont-Blanc) et une régularité exemplaire.

Au-delà des résultats officiels, la R5 Alpine Groupe 2 a aussi marqué par sa présence massive chez les privés. Accessible, fiable et compétitive, elle a permis à de nombreux pilotes amateurs de goûter à la compétition avec une voiture capable de briller.





Elle a surtout servi de tremplin à Jean Ragnotti, qui deviendra l’un des visages emblématiques de Renault en rallye. Sa complicité avec la petite Alpine, son style spectaculaire et son sourire permanent ont contribué à forger la légende.
Héritage et postérité
La Renault 5 Alpine Groupe 2 n’a pas seulement écrit une belle page de sport automobile. Elle a incarné une philosophie : celle d’une voiture populaire transformée en compétitrice redoutable. Elle a prouvé que l’agilité et l’intelligence pouvaient rivaliser avec la puissance brute.
Elle a aussi préparé le terrain pour la R5 Turbo, qui allait dominer le début des années 80 en Groupe 4 puis en Groupe B. Mais dans le cœur des passionnés, la petite Alpine garde une place à part : celle de la maligne, de la joueuse, de la “citadine qui mord les mollets des grandes”.

Aujourd’hui encore, elle reste une icône des rallyes historiques. Chaque apparition au Monte-Carlo Historique ou dans les épreuves de véhicules anciens rappelle son rôle fondateur dans l’histoire de Renault en compétition.
La Renault 5 Alpine Groupe 2 est bien plus qu’une simple déclinaison sportive d’une citadine. Elle est le symbole d’une époque où l’audace et la créativité pouvaient transformer une petite voiture du quotidien en héroïne des spéciales. Elle a redonné à Renault une légitimité sportive, ouvert la voie à la R5 Turbo et marqué durablement la mémoire des passionnés.
Une preuve éclatante que, parfois, David peut encore tenir tête à Goliath.
Crédits photos: Bernard Canonne



